Réalisations

Septembre 2014 - Table ronde "Diversité culturelle et religieuse" à Chengde

4ème Table ronde culturelle franco-chinoise

 

« Diversité culturelle et religieuse »

 

17 – 23 septembre 2014

 

Chengde - Chine

 

 Délégation française

 

M. Pierre MOREL  Président de la Fondation Victor Segalen, Ambassadeur de France en Chine de 1996 à 2002

 

M. Régis DEBRAY Philosophe, écrivain, membre de l’Académie Goncourt

 

Mme Maryvonne de SAINT PULGENT Présidente de la section du rapport et des études au Conseil d’Etat, Présidente de la Fondation des Treilles

 

M. Jacques PELLET Ministre Conseiller à l’Ambassade de France en Chine

 

M. Didier LESCHI Préfet délégué pour l’égalité des chances

 

M. Xavier NORTH Délégué général à la langue française et aux langues de France (Ministère de la Culture)

 

M. Pierre CONESA Consultant, ancien Directeur adjoint de la Délégation aux Affaires stratégiques (Ministère de la Défense)

 

Mme Chantal DELSOL Philosophe, membre de l’Académie des sciences morales et politiques

 

M. Jean-François COLOSIMO Président du directoire des Editions du Cerf, ancien Président du Centre national du livre (CNL)

 

M. Philippe RATTE Historien

 

M. Jean-Paul TCHANG Président de WST Conseils

 

M. Olivier DESCAMBS Chercheur, chargé de mission à la Fondation Victor Segalen

 

 

OBSERVATEURS

 

Mme Marie de HENNEZEL Ecrivain, psychologue

 

M. Raphaël HADAS-LEBEL Président du Conseil d’orientation des retraites

 

Mme Olga Morel, Ministre plénipotentiaiare (H)

 

 

ORGANISATION

 

Mme Laure MELLERIO SEGALEN- Présidente déléguée de la Fondation Victor Segalen

 

M. Brieuc SEGALEN Conseiller, Fondation Victor Segalen

 

M. WANG Jiann-Yuh Directeur de la Fondation Victor Segalen

Mlle LIU Wenling Chargée de mission, Fondation Victor Segalen

 

Délégation chinoise

 

M. QU Xing Président de l’Institut Chinois d’Etudes internationales

 

M. GUO Xiangang Vice-Président de l’Institut Chinois d’Etudes Internationales

 

M. CUI Hongjian Directeur du Département Europe de l’Institut Chinois d’Etudes Internationales

 

M. HUANG Ping Directeur de l'Institut des études européennes de  l’Académie des Sciences Sociales de Chine

 

Mme YU Xintian Chercheur à l’Institut d’Etudes Internationales de Shanghai

 

M. WU Hongmiao Doyen et directeur du Département de français de l’Université de Wuhan

 

M. XU Tiebing Professeur à l’Université de la Communication de Pékin

 

M. YU Hai Professeur à l’Académie du développement social et des politiques publiques à l’Université Fudan de Shanghai

 

M. ZAHNG Jinling, Chercheur à l'Institut des études européennes de  l’Académie des Sciences Sociales de Chine

 

Texte d'introduction de Régis Debray

Diversité culturelle et religieuse

 

Il est fort probable, selon le mot prêté à Malraux, que le 21e siècle sera un siècle « religieux ». On ne peut plus se cacher le corollaire de cette annonce radieuse et faussement irénique, la face d’ombre du célèbre pronostic : ce siècle sera celui des minorités. Avec des soubresauts, des déchirures et de considérables remaniements de la carte actuelle du monde.

Nous assistons sur divers Continents à un décalage de plus en plus accentué entre le découpage politique et le découpage culturel de la planète. L’atlas des États-nations, le seul officiel et dont l’Assemblée générale de l’ONU est l’image légitime, juxtapose des territoires souverains aux frontières bien délimitées, mais assez récentes. L’atlas culturel juxtapose ou entremêle des groupements ou des mouvances d’ordre religieux mais aussi linguistiques, ethniques ou tribaux qui, en général, précédaient la constitution des États contemporains. L’atlas géopolitique est coloré, le géoculturel est en gris.

Le premier a pour lui la légitimité. Le second l’ancienneté, mais avec l’inconvénient de ne pas apparaître à l’œil nu des autorités politiques et juridiques, caché qu’il est par le rassurant carroyage dix-neuvièmiste ou vingtièmiste de la planisphère. Les guerres en cours pour le contrôle de l’espace (Afrique, Proche et Moyen-Orient, Asie centrale et orientale), terrestre ou maritime, sont aussi des conflits de mémoire, des insurrections identitaires, où le temps long mais souterrain des loyautés et appartenances ancestrales affronte le temps court des allégeances citoyennes ou nationales. Dans cette tectonique des plaques, l’ébranlement des fédérateurs idéologiques et politiques du 20e siècle (État, nation, citoyenneté, droit) fait remonter à la surface des communautés infra et supraétiques, par nature transfrontières, mobilisant l’imaginaire collectif et aux assises plus archaïques et donc plus solides. La carte des religions et des langues ne respecte pas plus les partitions établies que les principes souverainistes de la Charte des Nations-Unies.

 Les gouvernements en place, légitimement soucieux de maintenir l’ordre public et leur propre stabilité entendent faire respecter la légalité, en tenant le « culturel » pour folklorique et subalterne, voire suspect et fauteur de séparatismes, d’irrédentismes ou de rébellions centrifuges à réprimer plus ou moins sévèrement. Un certain progressisme hérité du siècle des Lumières ne voit dans cette plaque souterraine et remuante des revendications religieuses, linguistiques ou régionales (souvent les trois ensemble) qu’un archipel d’archaïsmes ou de résidus promis à la disparition, bref des « survivances » illogiques et condamnables.

Cette vision repose sur une conception naïve et illusoire du temps historique comme remplacement de l’ancien par le nouveau, sans restes ni retours ni résurgences suscitées par le progrès lui-même. Lequel (effet-jogging) est aussi une machine à remonter le temps.

Reste que la tâche propre du politique, partout et toujours, est de transformer un tas en tout, en prévenant l’éclatement des ensembles constitués, souvent multiethniques, démembrement où pointe la guerre de tous contre tous.

Jusqu’où peut-on aller dans la reconnaissance politique de singularités collectives que sont les minorités ethniques ou religieuses ? Comment reconnaître le droit à la différence sans en inférer une différence des droits à l’intérieur de la Cité ? Comment harmoniser l’un et le multiple, le légal et le factuel ? Telles sont quelques-unes des questions qu’on souhaitera évoquer.

 

Régis Debray